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Avis d’experts

CHRONIQUE DE MICHÈLE DESRUES – LA LATÉRALITÉ

Michèle Desrues | 06/03/2020 | Avis d'expert

Le développement psychomoteur de l’enfant

LA LATÉRALITÉ
 

Le développement psychomoteur de l’enfant concerne cinq grands chapitres : 

Le schéma corporel, voir la série d’articles précédente,
La latéralité, qui fait l’objet du présent d’article,
La structuration dans l’espace, 
La structuration dans le temps, 
Le langage et la pensée abstraite.

Définition : « La latéralité est la préférence d’utilisation d’une des parties symétriques du corps : main, œil, oreille, jambe. »

La latéralité est un état. C’est l’asymétrie corporelle naturelle à un être humain.

Elle se manifeste dans les gestes fonctionnels demandant :

  • Soit l’utilisation d’un seul membre, comme dans les sauts à cloche-pied .
  • Soit la complémentarité des deux membres, comme par exemple, quand on décapsule une bouteille : la main dominante décapsule, l’autre main maintient la bouteille.

La latéralisation est un processus dynamique. C’est l’ensemble des éléments qui, au cours de la maturation de l’enfant, conditionnent la latéralité

Ces éléments peuvent être d’origine interne : il s’agit alors de facteurs génétiques, neurologiques, maturatifs. Ils peuvent être d’origine externe lorsqu’il s’agit de facteurs sociaux, provenant du milieu. Ils ne sont pas encore connus de façon certaine.

Chez certains enfants, la latéralisation s’opère assez vite. Chez d’autres, le processus sera beaucoup plus lent.

D’une manière générale, la latéralisation est définitive vers 7/8 ans.

La latéralité est l’étape intermédiaire entre le schéma corporel et la structuration spatiale. En effet, c’est à travers l’asymétrie corporelle que l’enfant peut distinguer la droite et la gauche.

Le cerveau, bien que grossièrement symétrique d’un point de vue morphologique, est en réalité latéralisé, tant du point de vue de certains détails anatomiques que sur le plan fonctionnel. On parle d’asymétrie cérébrale. Les deux hémisphères ne jouent pas un rôle identique. Chacun traite les informations en provenance et à destination de la moitié controlatérale du corps. D’autre part, dans le domaine particulier du langage, il y a en général dominance de l’hémisphère gauche sur le droit.

 
Distribution :

La latéralité peut être :

– Homogène : les personnes sont droitières ou gauchères à la fois au niveau de la main, de l’œil et de la jambe.
– Hétérogène : les personnes sont latéralisées à droite pour certaines parties du corps, et à gauche pour une ou deux autres (ex. : droitier de la main et de l’œil, gaucher du pied). Ce cas est très fréquent, et non pathologique.
– Ambidextre : les personnes sont aussi habiles et fortes de la main gauche que de la main droite. L’ambidextrie se situe principalement au niveau de la main, mais parfois aussi au niveau du pied (jamais les deux ensemble). Cette ambidextrie est souvent confondue avec une latéralité mal affirmée, sans dominance claire.
 

Évolution neuromotrice :

La latéralité s’affirme en rapport avec la maturité neurologique de l’enfant.

Préférence manuelle

La préférence manuelle est la plus évidente et la plus étudiée, car elle est déterminante dans les apprentissages. C’est aussi la plus soumise à la pression socioculturelle.

– Avant la naissance, la position du fœtus pourrait expliquer certaines prédispositions latérales.
– Après la naissance, l’enfant couché sur le dos tourne spontanément la tête d’un côté, de préférence à un autre. Ce côté correspondrait à la dominance manuelle future.
Petit à petit, la main dominante assurera un rôle actif, et elle sera stimulée par la difficulté de la tâche. 
Il est important de stimuler l’enfant dès le plus jeune âge : pâte à modeler, Lego, peinture, dessin… sont autant d’outils pour l’aider à construire sa motricité. Plus il fera d’expériences, plus il sera libre de son choix de main dominante.

Écrire demande une certaine maturité psychologique, et nécessite d’avoir une main dominante.

Dominance oculaire

La dominance oculaire est fixée vers deux ans et demi.

Dominance pédestre

Elle est visible entre 1 et 2 ans, quand l’enfant commence à monter les escaliers.

L’ensemble de ces dominances de la main, de l’œil et du pied confère au corps un ensemble d’asymétries fonctionnelles que le développement psychomoteur, associé à la maturation neurologique, permet d’apprivoiser et de maîtriser progressivement.

Évaluation de la latéralité :
 

Main :
Proposer de mimer dix activités manuelles, sans utiliser d’objets :

– Lancer une balle
– Remonter une montre
– Taper avec un marteau
– Se brosser les dents
– Se peigner
– Ouvrir une porte
– Tenir une gomme
– Couper avec un couteau
– Couper avec des ciseaux
– Écrire
  
 Œil :
 
– Faire un trou dans une feuille de papier, et regarder spontanément à travers le trou
– Mimer le fait de prendre une photo
– Regarder dans un kaléidoscope


 Pied :

– Shooter dans un ballon
– Marelle
– Faire semblant de piétiner un feu pour l’éteindre

 

Éducation psychomotrice :

On peut, dès que l’enfant a 3 ans, lui faire prendre conscience du fait que notre corps est constitué de deux parties symétriques : les deux manches d’un pull, les deux jambes du pantalon, enfiler des gants…

– On peut l’inviter à shooter dans un ballon 

– Lancer une petite balle d’une main

– Porter un gobelet d’une main

Vers 4 ans, les exercices sont un peu plus compliqués :

– Sauter à cloche-pied
– Dessiner, découper
– Faire tourner une corde
À 5 ans, l’enfant est en âge de comprendre qu’il a un côté dominant plus fort, plus précis que l’autre.

Pour améliorer sa force et son habileté de manière harmonieuse des deux côtés, on invite l’enfant à réaliser des exercices tantôt d’un côté, tantôt de l’autre. 

Ex. : réaliser un parcours en dribblant du pied ou de la main, une fois du côté gauche, une fois du côté droit.

On lui montrera aussi que, dans les gestes de la vie courante, la main ou le pied dominant fait le travail compliqué, mais que l’autre membre est nécessaire pour fixer, stabiliser, porter… :

– Couper une pomme

– Se verser un verre

– Gommer un dessin

– Dessiner avec le pied sur le sol

 

Comment repérer un problème de latéralité ?

En observant sa façon d’être. 

C’est peut-être le cas s’il bouge beaucoup, a du mal à trouver ses appuis, a besoin d’agripper quelque chose pour se stabiliser. Il va souvent changer de main pour se brosser les dents, ou pour découper avec des ciseaux. Dans de nombreux cas, il ne s’agira que d’une difficulté à choisir. Il faudra laisser du temps au temps, et/ou, à partir de 7/8 ans, prévoir un bilan chez une ou un psychomotricien.

Un enfant qui a des problèmes de latéralité sera souvent un enfant tendu. Dans ce cas, les exercices de yoga et de relaxation ne pourront lui faire que du bien.

 

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