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Avis d’experts

CHRONIQUE DE MICHÈLE DESRUES – SCHÉMA CORPOREL ET YOGA (5e partie)

Michèle Desrues | 06/03/2020 | Avis d'expert

La maîtrise du corps (SUITE)


4°) SENSIBILITÉ

 

À partir du livre « La psychomotricité au service de l’enfant »

Bruno DE LIÈVRE et Lucie STAES

Éd. De Boeck et Belin

 

 

Depuis sa création, le RYE est animé par une constante démarche de recherche sur les moyens de transmettre le yoga aux enfants et aux jeunes. Sur notre site Internet, nous donnons notamment la parole à différents spécialistes qui ont tous une expertise reconnue dans les milieux du yoga et de l’éducation. Voici le quatrième volet d’une série d’articles rédigés par Michèle DESRUES – pédiatre et professeure de yoga – sur l’accompagnement du yoga dans l’acquisition du schéma corporel et le développement de l’enfant à tout âge.

 

Au cours des quatre premiers volets de cette série consacrée à la notion du schéma corporel, nous avions précisément abordé les cinq premières étapes d’acquisition du schéma corporel pour l’enfant (1), puis l’étape du corps maîtrisé grâce à la fonction posturale (2), puis la coordination (3), et enfin la respiration.

Dans ce nouvel article, nous allons désormais nous pencher sur la notion de sensibilité, essentielle dans la construction du schéma corporel de l’enfant.

Le développement psychomoteur de l’enfant concerne cinq grands chapitres : 

1. Le schéma corporel, qui fait l’objet de la présente série d’articles,
2. La latéralité, 
3. La structuration dans l’espace, 
4. La structuration dans le temps, 
5. Le langage et la pensée abstraite.

Pour des raisons de simplification, ces points sont séparés, mais il ne faut pas oublier qu’ils s’interpénètrent de façon permanente. C’est entre 0 et 6 ans que l’évolution psychomotrice est la plus marquée. Les acquisitions ne cesseront pas, ensuite, d’être perfectionnées. 

Un rappel avant toute chose  :

Le corps est l’un des instruments de l’être humain. Il doit pouvoir répondre correctement aux désirs de l’individu, mais aussi s’adapter à l’environnement. Dans cette étape, l’enfant, petit à petit, va maîtriser les différentes possibilités de son corps.

Cela passe par :

– La fonction posturale

1. Tonus
2. Équilibre
3. Inhibition
4. Relaxation

– La coordination

1. Coordination dynamique globale
2. Coordination des mouvements
3. Coordination oculomotrice

– La respiration

– La sensibilité

Rappelons que pour des raisons de simplification, ces fonctions sont étudiées séparément, mais elles « avancent » ensemble. De même, les âges sont donnés à titre d’information et ne doivent pas être interprétés comme des repères absolus.

Dans la première chronique, nous avons vu la notion de schéma corporel et les 5 premières étapes de son acquisition :

1. Le corps subi
2. Le corps vécu 
3. Le corps perçu
4. Le corps connu
5. Le corps exprimé

Dans la deuxième chronique, nous avons étudié la 6e étape, celle du corps maîtrisé, ou comment acquérir une maîtrise de son corps, et en particulier la fonction posturale (tonus, équilibre, inhibition, relaxation).

Dans la troisième chronique, nous avons parlé de la coordination, dynamique globale, de la coordination association ou dissociation de mouvements, et de la coordination oculomotrice.

Dans la quatrième chronique, il a été question de la respiration.

Dans la présente chronique, nous terminerons l’étude du schéma corporel par la notion de sensibilité.

 

 LA SENSIBILITÉ
 

L’affinement de la sensibilité permet à l’enfant de mieux discerner les informations qu’il reçoit du monde extérieur ou de son propre corps.

Nous distinguons trois sortes de sensibilités :

La sensibilité externe qui recueille les informations venues de l’environnement extérieur :
– soit à distance, grâce à la vue, l’ouïe, l’odorat,
– soit proche, grâce au goût ou au toucher, la sensibilité cutanée qui nous donne des indications de tact, de pressions, de température, de douleur…
 

La sensibilité interne qui recueille des informations provenant des modifications internes de l’organisme, faim, soif, sommeil
 

La sensibilité proprioceptive qui renseigne sur la position relative des parties du corps, sur les déplacements segmentaires
Les récepteurs se trouvent principalement dans les muscles, les tendons, les ligaments articulaires et dans l’oreille interne.
C’est grâce à la sensibilité proprioceptive que, sans contrôle visuel, nous pouvons maintenir une attitude donnée, évaluer la position des parties de notre corps, en apprécier les déplacements…

Les sensibilités externe et proprioceptive sont parfois combinées, entre autres lors de :

– la localisation d’un point de contact : ex. l’enfant a les yeux fermés, si on lui touche un endroit du bras gauche, il peut montrer le même endroit sur le bras droit ;
– la reconnaissance d’une forme, d’un dessin tracé sur le corps ;
– la reconnaissance des objets à la palpation les yeux fermés.

Alors, que peut-on proposer ?

 
La découverte des cinq sens
 

3 ans :
– cacher un réveil mécanique ou une boîte à musique en marche, dans un local. Inviter l’enfant à écouter et à découvrir la cachette ;
– jouer au domino tactile (différentes textures) les yeux ouverts ;
4 ans :
– les yeux fermés, reconnaître les sons de divers instruments (ouïe), ou faire goûter et deviner divers aliments (goût)
– toucher : deviner les objets cachés dans un sac ; distinguer ce qui est dur ou mou, sec ou mouillé, chaud ou froid…
5 ans : 
– mêmes propositions, mais en augmentant le nombre de stimulations ;
– reconnaître diverses substances parfumées (odorat) ;
– dessiner sur une feuille la même forme que celle tracée dans le dos.
6 ans :
– téléphone sans fil : faire passer un message de bouche à oreille d’un enfant à l’autre ;
– placés en cercle, faire « passer » une pression de main.
 

Pour la proprioception, surtout à partir de 6 ans :

Sans le contrôle visuel, nous incitons l’enfant à : 

– maintenir une position donnée

– situer les parties de son corps

– percevoir et mémoriser un déplacement

– réaliser des mouvements finalisés.
 
 
POUR LES EXERCICES SUIVANTS, L’ENFANT ACTEUR AURA LES YEUX FERMÉS OU BANDÉS :

 
A. Maintenir une position donnée
 

 –  Couché sur un tapis, se tenir bien aligné, lever les bras à la verticale, vérifier que le corps est toujours bien droit ; écarter la jambe droite, tout le corps bouge pour se retrouver dans l’axe de la jambe ;

– Debout, jouer aux statues en gardant les yeux fermés ;

– Debout, prendre une position ; ouvrir les yeux ; se coucher et reprendre la même position.

 

B. Situer les parties de son corps
 

– Toucher une partie du corps de l’enfant qui a les yeux fermés ; lui demander d’ouvrir les yeux et de toucher un partenaire au même endroit ;
– Donner la position d’un des membres (le poignet gauche par exemple, ou le pied droit…) lorsqu’on se trouve dans une position complexe ;
– Jeu du twister : l’enfant, yeux ouverts, doit positionner les mains et les pieds selon les consignes sur des ronds de couleur.
 

C. Percevoir et mémoriser un déplacement 
 

1. Membres inférieurs
– Deux enfants sont assis face à face, les jambes tendues, les pieds se touchant. Au signal, croiser les jambes, puis à un autre signal, replacer les pieds l’un contre l’autre.
– On place une balle devant le pied droit, au signal shooter dedans.
– Poser le pied sur le premier échelon d’un espalier, sur le deuxième…
– Passer au-dessus d’une corde sans la toucher.
2. Membres supérieurs
– Suivre les mouvements imprimés à un bâton par un camarade.
– Déposer des bâtons les uns derrière les autres.
– Empiler des blocs en équilibre les uns sur les autres.
– Lever les bras en avant à 90°, sur les côtés ; puis à 45° ou 180°.
– Reprendre une position de bras latéralement à 90° dans diverses positions, debout, assis, en couché dorsal ou latéral.
– Déplacer des petits objets d’une boîte à gauche dans une boîte à droite, d’un geste précis.
3. Tout le corps
– Réaliser un circuit : longer les tapis, les bancs.
– Marcher le long d’un élastique.
– Marcher en rang, les mains sur les épaules ou la taille du précédent.
– Demander à l’enfant de réaliser un quart de tour, un demi-tour, un tour complet.
– Découvrir le trajet effectué lors d’un déplacement : déplacer l’enfant vers l’avant, l’arrière, sur le côté, le faire tourner… et lui demander de décrire le déplacement effectué.


D. Finaliser un mouvement : 

Toujours les yeux fermés

– S’habiller ou habiller une poupée.
– Nouer des lacets ou passer des lacets dans une chaussure ; enfiler des perles, déballer un bonbon, ranger des crayons dans un plumier.

 

En conclusion :

Nous avons parcouru les différentes étapes de l’acquisition du schéma corporel dans toute sa complexité, mais aussi sa richesse.

Les capacités d’expression à travers le corps sont le témoin de son évolution et de l’affinement de son intégration.

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