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Chroniques des fondateurs

Oser enseigner autrement

par Jacques de Coulon

On me demande souvent d’où m’est venue l’audace d’introduire le yoga dans mes cours d’anglais. La réponse est simple : l’idée est venue de mon expérience personnelle. J’avais en 1963, en début de carrière, commencé à faire du yoga pour mon propre usage et constaté les excellents effets de la pratique sur la relation que j’avais avec mes élèves et mon entourage. Une nouvelle ambiance avait remplacé en moi le malaise enseignant. La vieille science née en Asie, semblait détenir le pouvoir de s’adapter à un milieu éducation bien loin des forêts primitives ou des maîtres tutélaires étaient en charge des jeunes confiés par leurs parents. L’Inde moderne nous livrait ce trésor et l’Occident allait s’en servir au 19ème siècle. Une période où les grands tenants du yoga comme Swami Sivananda de Rishikesh, invitaient leurs disciples à quitter les grottes et les lieux de méditation solitaire pour aider les foules urbaines à mieux vivre grâce à la pratique des divers yoga.

La popularité du yoga

Dans les années 60-70, nombre de pédagogues et de médecins notaient la fatigue et l’ennui qui amenaient un afflux d’élèves dans les cabinets de consultation. L’immobilité des corps rivés sur leur chaise des heures durant, étaient remise en cause et l’hyper intellectualité des matières enseignées était carrément considérée comme un déséquilibre cérébral. On s’apercevait que le concept de l’éducation scolaire faisait fi des matières artistiques et qu’une parFe de la personnalité en souffrait. D’où un désir de remédiation soutenue par les contestations de mai 68. Tout cela pointait vers un changement dans le contexte éducation.

Je partageais ce constat avec des collègues de divers établissements, rencontrés dans des stages sur les tapis de yoga. Nous avions tous l’occasion de rencontrer le phénomène du ras-le-bol dans nos classes, l’agitation mentale croissante et le déclin des facultés d’attention.

Le yoga pourrait-il apporter un remède à ces désordres ?

Mes collègues et moi, qui au lycée, qui au collège, qui dans le primaire, nous avons pris parF pour l’innovation comme étant une aventure, notre Indiana Jones à nous. Nous formions une mini équipe qui se réunissait une fois par semaine dans mon appartement pour adapter les exercices aux divers niveaux d’âge. J’avais déjà derrière moi 10 ans d’entraînement au yoga et l’envie chevillée au corps de l’ajuster à mon métier d’enseignante. La classe allait devenir mon laboratoire.

Un jour de mai 1973 où mes élèves arrivaient fatigués d’un cours de gym, j’OSAIS Yoga Nidra. Était-ce dû à une inspiration, une illumination subite ? Oui, en ce qui concernait le moment mais l’expérience soudaine s’appuyait sur une imprégnation qui datait de plus de 10 ans.
Je fus émerveillée par l’impact de cette première séance de relaxation. Les jeunes en redemandaient. Leurs réponses à des questionnaires témoignaient de leur enthousiasme : « Je retiens mieux mes leçons » et « J’aimerais bien que maman fasse du yoga (sic) ».
Certains parents éberlués nous reprochaient de faire perdre du temps aux élèves en leur proposant de la gym avant les leçons.
Le bruit se répandit très vite que dans un quartier de Paris, une prof d’anglais accommodait le yoga à l’apprentissage dans ses classes, imitée par d’autres. Moult journalistes vinrent vérifier que la méthode était efficace. Je n’ai jamais su comment la nouveauté s’est disséminée à l’étranger, mais en moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire, nous étions invités en Italie, en Belgique, en Espagne et même au-delà de l’Europe, pour former des émules.

L’Orient était à la mode.

Maîtres de yoga, de zen, de taï chi, chercheurs de haut niveau arrivaient en rangs serrés pour nous éclairer sur la philosophie et la pratique d’enseignements ardemment suivis par des masses occidentales. En témoignent nos press-books de l’époque.
Le yoga s’installait dans les écoles, dans les hôpitaux, dans les entreprises, dans les magasins. Il prenait tout le monde par surprise, décideurs et particuliers. Encore fallait-il se former pour le transmettre de manière authentique. J’eus vent de la venue de plusieurs maîtres indiens, tibétains, de passage en Europe et j’allais leur demander humblement leur avis concernant le bien-fondé de mon innovation dans un contexte français. Ils furent unanimes à m’encourager.

Je lance la formation de Yoga Nidra en 1980

Pendant cette période j’étais devenue interprète de Swami Satyananda lors de ses interventions dans les pays francophones et j’étais plongée dans tous ses enseignements, en particulier dans la technique de Yoga Nidra. Elle se répandait comme une traînée de poudre. Cela laissait pressentir l’ampleur qu’elle allait prendre dans le monde. Je proposai à Swamiji de la faire connaître par un ouvrage Yoga Nidra Apprenez à dormir paru en 1980. J’y exposai les grandes lignes qui mettaient en valeur la connaissance de l’âme humaine de l’inventeur. Je lançai une formation exigeante. Elle allait durer sans discontinuer 40 ans. Des milliers de professeurs de Yoga Nidra devaient en sortir sachant faire la différence entre la forme authentique du « Satyananda Yoga Nidra » et les répliques dénaturées qui en sont issues. On trouve aujourd’hui beaucoup de professeurs capables de poursuivre l’enseignement dans ceTe voie d’authenticité.

En route vers la reconnaissance du RYE.

En 1973, pendant les grandes vacances, je parFs en Inde pour consulter ce Maître de yoga exceptionnel qu’était Swami Satyananda. Il habitait à Munger dans le Nord de l’Inde. Après avoir écouté en pleine conscience mon rapport sur la relaxation en classe, il sortit de son silence en disant : « Oui, c’est ça ! »
« That’s it ! » Je compris qu’il adhérait à mon projet d’adaptation du yoga au contexte scolaire. Au bout de 5 ans, bardée de 2 diplômes de yoga l’un indien de la Bihar School of Yoga, l’autre français de Hatha Yoga, je commençais à entrevoir le projet de créer une grande école de yoga incluant la formation au Yoga à l’École. En 1977, un événement se produisit quand je reçus d’un éditeur suisse le livre d’un jeune auteur, Jacques de Coulon, instituteur, qui avait enquêté dans une école américaine et rapporté de son séjour d’études des exercices coptes hérités de l’Égypte ancienne très proches de mes exercices indiens, mais présentés sous d’autres vocables. L’éditeur avait prévu que je ferai ce rapprochement révélateur du fait que le yoga existait ou avait existé dans d’autres civilisations que l’indienne. Le yoga était universel. Jacques de Coulon en était au début de sa carrière. Je fus enchantée de faire sa connaissance et de lancer en 1978, avec lui, le 1er stage de formation de yoga destiné aux enseignants de l’Éducation Nationale. Nous avons travaillé longtemps en rapport avec les autres RYE étrangers pour lancer des stages similaires dans le monde enFer. Je bénéficiais de beaucoup d’appuis dans l’Institution comme celui de ma Principale Andrée Buisine et des conseillers au Ministère comme André de Peret et Antoine Prost qui voyaient d’un bon œil les exercices de respiration et de maîtrise de soi. C’était un phénomène grisant de voir que notre œuvre de diffusion faisait boule de neige.

En 2013 un effort de 40 ans avait atteint son but : le Ministère de l’Éducation donnait son agrément qui permettait au RYE d’enseigner nos exercices de yoga dans toutes les écoles de France.
L’époque pionnière se terminait. Il fallait s’inscrire dans un processus officiel, le point d’orgue d’un processus longuement préparé et aussi un éclair de lumière venu d’on ne sait où pour augmenter le « Connais-toi toi-même ».

On peut se poser des questions, comme par exemple : est-ce à l’État seul de nous dicter ses normes ? Des idées nouvelles ne peuvent-elles émaner d’enseignants dûment formés à une sagesse autre que celle de la société ? Notre société promeut l’agitation mentale, l’appauvrissement des qualités d’écoute et de concentration, l’égoïsme et la haine de l’autre différent. Les enfants ont besoin d’apprendre à s’observer eux-mêmes avec un mental clair pour pouvoir prendre conscience de leurs émotions et apprendre à les transformer. Ce travail agit dans le sens du calme, du but à aTeindre, de l’ouverture et de la paix. Le terrain actuel rend les politiques très frileux vis-à-vis du yoga dans les écoles. Autre question : s’agit-il d’un passage ? Les choses peuvent-elles changer ? Une chose est sure : continuons à travailler sur nous- mêmes, le moyen d’observer les erreurs et de les dépasser. La voie reste ouverte. Une association de formation au yoga dans l’éducation doit oser enseigner autrement.

 


Micheline Flak, Dr. en Lettres américaines, née à Paris en 1934 

Yoga Nidra, une technique de transformation Ed. Satyanandashram France 2015

Jacques de Coulon

Ancien recteur, philosophe et auteur de nombreux ouvrages, Jacques de Coulon a contribué à la fondation du RYE en 1978

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